Discours prononcé à la Synagogue lors de la cérémonie du 21/01/2015 en hommage aux victimes des attentats récents.

Nous sommes réunis ce soir pour crier notre douleur face aux attentats et à tous les meurtres perpétrés en France ces derniers jours.

Je tenais, en premier lieu remercier l’ensemble des composantes de la société française de leurs nombreuses marques de sympathie à l’égard de la communauté juive.

Tout, ou presque a été dit et écrit à ce propos et il ne me reste que mes larmes à vous offrir ce soir.

Ce soir, nous pleurons des journalistes morts parce qu’ils étaient journalistes, des policiers exécutés parce qu’ils étaient policiers, mais nous pleurons aussi 4 personnes visées et tuées juste parce qu’elles étaient juives. Pourquoi ce déferlement de haine ?

Entre toutes ces victimes, un point commun : toutes étaient françaises…

J’ai lu, comme vous sans doute, de nombreux témoignages de rescapés de ces tueries. Parmi eux, celui d’une journaliste épargnée au motif qu’elle était une femme et « qu’ils ne tuaient pas les femmes ».

Pourtant, de la tuerie de Charlie Hebdo on dénombrera 12 morts parmi lesquels 11 hommes mais également 1 femme, une seule : Elsa CAYAT.

A elle, sa condition de femme ne l’a pas épargnée, pourquoi ? Peut-être alors que son seul crime aux yeux des deux assassins était d’être juive.

Il n’est pas dans mon intention ce soir de faire une différence entre les victimes.

Face à l’horreur et à l’indicible je souhaite au contraire prier pour que toutes trouvent le repos et la paix. La France, mon pays, a payé un tribu suffisamment lourd à la barbarie.

Après la grande marche blanche du dimanche 11 janvier qui a réuni des millions de personnes dans le pays, l’émotion va sans doute retomber et chacun retournera à ses préoccupations personnelles.

Mais une question pourtant doit nous pousser à ne pas oublier : jusqu’à quand en France inaugurera-t-on des stèles à la mémoire de victimes innocentes ?

Pour autant, nous juifs français, devons nous abandonner notre patrie pour aller nous réfugier en Israël ou nous nous sentirons plus en sécurité ? Je ne le pense pas.

Le pays d’Israël n’est pas un refuge créé pour abriter des personnes en danger.

J’admire les gens qui partent s’y installer par conviction, menant ainsi à bien un réel projet de vie.

En revanche, jamais je ne comprendrai mes frères juifs qui choisissent d’abandonner la France au moment ou celle-ci a tant besoin d’eux et de nous tous.

Elie Wiesel lui-même aime à dire : « Je suis toujours à côté de celui qui a besoin de moi. »

Ces derniers jours, la France a sacrifié 3 policiers pour défendre ses concitoyens. Et comme remerciement, nous devrions abandonner nos compatriotes ?

Certainement pas mes chers amis.

Êtes-vous conscients que notre synagogue et notre Centre Communautaire sont protégés par notre armée et notre police ?

Ces hommes risquent leur vie au quotidien pour nous permettre de vivre sereinement notre judaïsme.

Mr Scoffoni, soyez d’ailleurs remercié de toute l’aide que vous et vos hommes apportez à notre Communauté non pas depuis quelques jours mais tout au long de l’année.

Mon Colonel, merci de mettre à notre disposition des militaires de l’âge de nos enfants qui veillent sur nous 24h/24 et qui n’hésiteront pas à sacrifier leur vie pour sauver les nôtres et nous protéger.

Mon lieutenant, merci de donner un côté tellement humain à votre mission de protection et par là même de transmettre cette chaleur à tous vos hommes.

Mme la Préfète, soyez assurée de ma gratitude sans faille pour votre disponibilité et l’humanité avec laquelle vous traitez ces sujets sensibles.

J’ai rencontré votre prédécesseur le Préfet RENE BIDAL il y a 3 ans bientôt à l’occasion des meurtres de Toulouse.

Vous entrez madame pour la première fois dans notre synagogue pour vous recueillir sur les récentes victimes. Gageons que votre prochaine visite parmi nous sera pour célébrer des évènements emplis de joie.

Enfin, je dois également un grand merci à une personne que je considère comme un ami : Mr Fabrice ROSAY, sous préfet.

Mille excuses mon cher Fabrice de vous importuner à 23 h pour vous alerter sur tel dysfonctionnement ou tel danger pouvant peser sur ma

Communauté et mille mercis de toujours répondre favorablement et dans la minute à toutes mes demandes.

Ainsi, mes chers amis, soyez convaincus que tous les rouages de la République sont à notre disposition et nous assurent une protection

totale, non pas parce que nous sommes juifs mais tout simplement parce que nous sommes des Français visés par une menace.

Alors notre seule réponse sera de nous battre à leurs côtés. Nous ne nous battrons pas les armes à la main en visant des innocents, mais debout en scandant haut et fort notre grande fierté d’appartenir à ce beau pays avec notre spécificité religieuse qui, malgré la laïcité, est, comme le rappelait notre Premier Ministre, une composante à part entière de la société française.

A mes frères représentant les autres religions, je vous invite à poursuivre le dialogue interreligieux et à l’intensifier en n’hésitant pas à porter au sein de toutes les écoles un message uni de paix et d’amour de l’autre.

Ainsi, peut-être que demain, de jeunes enfants se lèveront ensemble, sans hésiter, pour respecter une minute de silence à l’unisson.

Il n’y a qu’en instaurant un dialogue que nous vaincrons la barbarie qui n’a pas lieu d’être en France ni nulle part ailleurs dans le monde.

D’ailleurs, notre grand sage HILLEL ne le disait il pas ?

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Seul cela est la RELIGION, tout le reste n’est que commentaires. »

Permettez- moi de paraphraser encore Elie Wiesel, grand prix Nobel de la Paix : Mme la Préfète, messieurs les officiels, la Communauté Juive vous dit « Merci de nous considérer comme étant des vôtres ».

Enfin, je ne terminerai pas mon propos sans m’adresser aux victimes de ces attentats car cela me tient à cœur : « Si vous croisiez au Ciel Arie, Gabriel et Myriam, les trois petits enfants assassinés sauvagement par Mohamed Merah, si vous croisiez Ilan HALIMI, torturé à mort juste parce qu’il était juif, embrassez-les pour moi, et partagez avec eux la gloire qui est la vôtre aujourd’hui.»

Eux n’ont pas eu droit à un deuil national ni même à une manifestation d’envergure.

Pourtant tous ont payé un lourd tribu à la barbarie.

L’homme est ainsi fait qu’il ne prend conscience de certaines horreurs qu’après qu’elles se soient répétées et aient pris de l’ampleur. Pourtant, je garde foi en l’homme et je garde foi en Dieu qui doit aujourd’hui nous rassembler et cesser de nous diviser.

Daniel HALIMI